Jean Joseph Renaud - Le clavecin hanté
Le clavecin hanté
Jean Joseph Renaud
Description
Depuis toujours, le père Laquinte, dit « Guignagauche », guidait les visiteurs dans le vieux château de Senin-les-Ruines dont les tours ébréchées s’imposaient altièrement sur les ondulations de la plaine picarde.Petit vieillard glabre, ridé, grimaçant, il commentait les pierres historiques d’une voix nasale de marionnette qui sonnait bizarrement dans le silence des ruines. Il avait de l’érudition et la déployait selon l’importance des visiteurs ; ses propos devenaient même fort intéressants quand l’auditoire était de marque.Les articles sur le château de Senin qui paraissaient quelquefois en des revues anglaises ou allemandes, n’oubliaient pas de mentionner le vieil original.A part ces fonctions que l’isolement du village rendait intermittentes, le père Laquinte exerçait celle de rebouteux ; ses drogues guérissaient, incontestablement, des maladies réputées incurables. Cela lui avait valu plusieurs condamnations pour exercice illégal de la médecine et une renommée inquiétante de « j’teux d’sorts ». Les paysans le craignaient et haïssaient. Même ceux qu’il avait sauvés s’écartaient de son chemin.
